Métro Voltaire

Ça a commencé sur le quai du métro. La fille à côté de moi avait un superbe manteau qui a attiré mon attention, à chevrons, verts. Coup de cœur. A tel point que dans le métro, elle s'est assise à côté de moi et je n'ai pas pu m'empêcher de la complimenter. Elle m'a souri. En me retournant, face à moi un homme d'une soixantaine d'années. Il me sourit aussi.
Bref, tout le monde se sourit.

Là, il sort un paquet de mini-brioches. Il me dit :

“Après l'effort, le réconfort !"

Il m'en propose alors une.

"Non merci, je viens de déjeuner."

- Vous êtes sûre ?

- Oui, oui.
- Parce que moi je viens de faire une prise de sang.

- Alors c'est bien mérité !

- Et oui !

Ça aurait pu s'en tenir là. Banal dialogue de la vie de tous les jours. Je me plonge dans mon livre.

On arrive alors au métro Voltaire. Là, tout à coup, il me regarde et me demande :

"Vous savez qui est Voltaire ?"

J'ai un petit rire vexé.

- Oui, quand même !

- Non mais je veux dire, vous connaissez son vrai nom ?

Là j'avoue, j'ai un blanc. Et puis je suis traversée par une réminiscence qui émerge du fond de ma mémoire scolaire.

- Arouet !

Il sourit.

- Mais je ne me souviens pas du prénom !" j'avoue

- Jean-Marie Arouet ! répète-t-il, tout content. (ndlr : on me souffle dans l'oreillette qu'il s'agit plutôt de François-Marie)

On se regarde. Petit moment de gêne. J'essaie de détendre l'atmosphère.
- Ah vous me collez de grand matin ! heureusement que je m'en sors.

On se sourit à nouveau. Il sort une nouvelle brioche ;

"Vous êtes sûre, vous n'en voulez pas une ? Ça me fait plaisir"

L'espace d'une seconde, j'hésite, pour lui faire plaisir, moi aussi... Mais je n'en n'ai vraiment pas envie, et je ne connais pas cet homme, je ne sais même pas pourquoi j'ai envie d'être gentille avec lui. Alors je retourne à mon livre.

Quelques arrêts plus loin, il se lève. Il me regarde et dit :

"Désolé pour les questions, je ne sais pas ce qui m'a pris !

Je ris de bon coeur.

- J'ai bien aimé ! C'était amusant.

- Ah ! Je suis bien content. Bonne journée"

Et il part. J'ai souri quelques temps encore après. Il a fini par me donner envie avec sa brioche. En sortant, j'en ai achèté une...

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