Le croque monsieur

Elle m'aborde à la sortie de la gare. Elle me demande une minute. Je m'arrête. Je comprends assez vite qu'en fait, elle fait la manche. Elle me dit :

« Est-ce que par hasard vous auriez une pièce, pour que je puisse manger ? »

Je lui réponds, sans vraiment réfléchir :

- J'allais à la boulangerie, si vous voulez, venez avec moi.

Elle m'emboîte le pas. Dans la boulangerie, je suis un peu gauche, je ne sais pas trop comment lui parler. Je dis :

« Prenez le sandwich que vous voulez. »

Elle me dit :

- Je veux bien le croque-monsieur.

Je souris, passe la commande. On est un peu gênées. Là, je lui dis :

« Ca doit être dur d'aborder les gens comme ça pour leur demander quelque chose. Ca demande du courage, non ?»

Elle réfléchit et me répond :

- En fait, le plus dur ce n'est pas ça. C'est l'ignorance en retour. C'est les gens à qui je dis gentiment bonjour qui me regardent des pieds à la tête et repartent sans un mot. C'est les regards qui fuient et se planquent. C'est plus ça qui est dur finalement.

Je paie. Le vendeur me tend ma baguette, le croque est au chaud. Je lui dis que je dois aller chercher ma fille, que si ça ne la dérange pas, j'y vais. Elle me dit "Pas de problème au revoir".

Je repars à ma vie. Je ne me félicite pas de mon geste, parce que déjà il n'y a pas de quoi s'auto-congratuler. Que souvent, je ne donne pas. Que parfois, c'est mon regard à moi, qui fuit. J'apprécie juste ce moment partagé, sincère. Cette rencontre autour d'un croque monsieur.

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