©Moritz Schmidt

©Moritz Schmidt

Début Août, on m'a diagnostiquée une maladie auto-immune du sang : un purpura thrombopénique immunologique. Compte triple au scrabble.

Depuis, j'ai l'impression de ne parler que de ça.

Au début, j'en ai parlé pour mettre ma famille et mes amis au courant. Ils ont pris de mes nouvelles. C'était important, capital pour moi, de me sentir autant soutenue. Ça m'a boostée. Les messages, les témoignages, les petites attentions. Et ils continuent de le faire. Logiquement. Dès que j'en croise un : « Comment tu vas ? T'en es où ? » Le fait est que je n'en sais rien. Je ne souffre pas, mais je ne suis pas stabilisée. Après trois hospitalisations, certes courtes, mais déstabilisantes pour ma petite famille, pour moi, rien n'est fixé. C'est l'inconnu.

Depuis, j'ai l'impression de ne vivre qu'autour de ça.

Ma vie fluctue en fonction de mon taux de plaquettes. Quand il remonte, je me dis que c'est bon, c'est fini. Quand il redescend, je prends un grand coup au moral. Je ne comprends pas. Je ne fais rien pour. Rien contre. J'essaie de communiquer avec ce corps mais on ne s'entend pas. On ne se raisonne pas. On n'est plus copains. L'a-t-on jamais seulement été ?

Depuis, j'ai l'impression de marcher à côté de moi-même.

Que ce n'est pas ma vraie vie. Je n'arrive pas à intégrer le fait que je suis malade. J'ai toujours été en forme. Là, je traîne cette fatigue récurrente. Je traîne ce spleen contre lequel je tente de lutter, car ce n'est pas moi. Je comprends enfin ce que ma sœur vit quand elle me parle de maladie invisible. Car chaque personne que je croise me dit, en souriant : « T'as l'air en forme, ça fait plaisir ! » Et pourtant non. Je ne le suis pas. C'est là, léger, mais c'est là. Et ce n'est pas moi. Tellement pas. Alors il faut faire face, et se l'avouer.

Bonjour, je m'appelle Audrey, et je suis malade.

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