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Elles sont toujours là mais on ne les remarque que lorsqu'elles haussent le ton, qu'elles se battent pour exister.

Elles traversent nos vies le temps d'un petit discours appris par coeur ou lors d'une complainte sur le ton de révolte ou encore d'un spectacle avec les moyens du bord.

Quand on les entend la première pensée qui traverse l'esprit c'est 'Ah non pas encore, on peut jamais voyager tranquille'.
On baisse le regard, on tache d'essayer d'oublier cette nuisance. Certains arrivent à franchir nos barrières et à nous émouvoir par une intonation, un sourire ou juste par le fait d'insister.

Mais parfois tout cela ne suffit pas, on a pas envie, pas la tête à ça alors on les ignore, les snobe et pour récompense ils n'obtiennent au mieux qu'un sourire gêné, forcé.
On se dit que quelqu'un d'autre va donner un peu de monnaie ou qu'il aura plus de chance dans un prochain wagon. Ou alors on s'en fiche on veut juste retrouver sa tranquilité, son voyage routinier rythmé par le bruit des rails.

Cette fois ci j'avais pas la tête à ça, je ne sais pas pourquoi. J'allais au travail. J'ai écouté d'une oreille bien distraite le discours de l'ombre, elle ne faisait pas l'aumône mais vendait un petit magazine (sur les grandes personnalités du XXème siècle je crois). Mais mon esprit s'était déjà fermé, attendant avec impatience que l'ombre parte.

Je me suis fondu dans la masse, baissant le regard à son approche. je n'ai pas fait attention aux autres voyageurs.

L'ombre est descendue. "Ouf" je me suis dit.

C'est là que tout a basculé, au lieu de partir, de retourner à son anonymat, l'ombre s'est remise à parler fort sur le quai.

"Pas un seul en 1 heure et demie, pas un seul" Le reste de son discours je l'ai oublié mais pas cette phrase. Il semblait abattu et en colère mais pas rageur il nous regardait comme s'il n'y croyait pas. En quelques mots l'ombre s'était transformée en un homme cinquantenaire avec des lunettes. Il était propre sur lui, pas un sdf abusant de la bouteille ou un paumé n'ayant pas pris de douche depuis des mois.
C'était quelqu'un comme moi, comme nous, juste qu'à un moment il semblait ne pas avoir eu de chance. Le voilà à ravaler sa fierté et à vendre des magazines pour survivre lui et son fils (d'un seul coup je me rappelle dans son 1er discours il avait parlé de lui et de son fils).

La honte m'a submergé. Moi qui suis très fort pour trouver des excuses je ne m'en suis pas trouvé une. J'avais fait comme tout le monde, j'avais considéré cet homme comme une ombre du métro, un de ses êtres que l'on croise sans se souvenir de lui, un être anonyme qui n'est pas vraiment humain à nos yeux.

Rien de ce que je pourrai faire à présent ne pourra effacer cet instant, il faudra que je vive avec et que je n'oublie pas que derrière ces ombres se cachent des histoires pas toujours drôles et qu'à cause d'un faux pas on peut tous devenir une de ces ombres sans attache.

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