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Quand j'avais 5 ans, un monsieur est venu nous rendre visite à la maternelle. On nous a mis en rang, et il nous a passé des extraits musicaux. Il fallait ensuite entonner l'air, d'un ton le plus juste possible, faire des canons, des petits exercices rythmiques. C'était amusant. On m'a dit "tu as l'oreille musicale". Moi je me suis demandé ce que ça voulait dire mais j'étais contente d'avoir un truc aussi original. Ensuite ma maman m'a demandé : « tu veux faire une école musicale ? » Ca avait l'air sympa, j'ai dit oui. Dès la rentrée en CP, j'ai donc commencé à apprendre le solfège. Les cours étaient aménagés. J'allais au conservatoire, j'apprenais la musique et d'un autre côté, j'avais un cursus scolaire un peu accèléré. Ensuite, on m'a demandé quel instrument je voulais jouer. J'avais toujours rêvé de faire du piano. Mais je ne savais pas que l'instrument étant très demandé, la sélection au bout d'un an n'en était que plus âpre. Sur les conseils de mon professeur, mes parents avaient acheté un piano d'occasion. J'aimais ce piano. Jouer, voir mes doigts courir sur les touches, m'imprègner des notes, de la mélodie... Je jouais bien, mais voilà, je ne sortais pas du lot. Et j'ai toujours détesté les représentations publiques. Je n'ai pas fait d'étincelles à mon audition de fin d'année.
On m'a alors prise à part, et on m'a dit : « Et sinon, tu veux faire quoi comme autre instrument ? » Alors j'ai dit « De la guitare »  On a examiné mes mains : « Ah tu ne pourras pas, ton petit doigt n'arrive pas à la première phalange de ton annulaire. Trop court. Tu ne pourras pas faire les accords. » Je pouvais faire des octaves sur le piano, mais mes doigts restaient trop courts pour la guitare. Un mystère de la nature. On m'a regardé de plus près et l'on m'a dit « On te verrait bien derrière un violoncelle. » Alors j'ai fait deux ans de violoncelle. J'aimais le son chaud des cordes, les pizzicatos. Mais le piano me manquait. En fin de CM2, on m'a dit : « Finalement, aimes-tu vraiment ça, jouer un instrument ? On ne te sent pas motivée... Peut-être devrais-tu reprendre un cursus normal ? » J'ai donc arrêté l'école musicale. J'ai regardé, le coeur lourd, mes camarades continuer leur route musicale. J'aurais pu abandonner. Mais non, même si je n'étais pas "talentueuse", je n'avais pas envie d'abandonner. J'ai continué le piano en association, mais l'école a pris de l'importance. J'ai fini par abandonner. Je m'étais presque fait une raison.

Et puis, parfois, dans la rue, j'ai des réminiscence. Des airs qui viennent de loin, qui trottinent dans ma tête. Je me surprends au détour d'une rue, à chantonner une de ces musiques apprises enfant. Et quand je rentre à Besançon, et que je retrouve, au milieu du salon, mon vieux piano, je ne peux pas m'empêcher de m'y assoir et d'essayer de voir si je vaux toujours quelque chose. Les professeurs agrégés et le conservatoire ne m'auront pas ôté ça : la musique est en moi. Et je la porterai toujours.

 

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