Je suis sûre que vous avez déjà eu ce genre de sensation. Un sentiment familier, mais en même temps, étranger. C'est ce que j'ai ressenti tout à l'heure. J'allais déjeuner avac les copines de mon ancien boulot. En sortant au métro Miromesnil, j'étais au radar. Sortir en tête de métro, monter l'escalier, se jeter en pâture à la rue, remonter le long de la boulangerie, jeter un coup d'oeil au magasin de meubles (hors de prix) que j'adore, voir si un nouveau fauteuil attire mon attention, puis reluquer les chaussures un peu plus haut, admirer ensuite le travail du coiffeur, affûté, concentré. Puis attendre au passage piéton. Et là, en se posant au feu rouge, se rendre compte qu'on n'est plus en territoire acquis.
Ce n'est plus à moi. Ce n'est plus mon trajet, mon quartier. J'ai encore mes habitudes, mais j'en suis déjà dépossédée. Comme lorsque je suis invitée par les amis qui ont repris notre ancien appartement. Je sais où se trouve la salle de bain, je peux allumer la lumière dans le couloir les yeux fermés, et pourtant, je ne suis plus chez moi.
Et puis les copines arrivent. Pendant cinq minutes, je les regarde toutes les trois, je me dis qu'elles sont encore ensemble, qu'elles vivent encore une expérience commune. Je me sens une seconde à côté. Et puis tout revient, comme si je les avais quittées hier. Alors je me dis que si ca se trouve, pour les lieux, c'est exactement la même chose. Que les réflexes reviennent, l'habitude, le liant. Comme un jeune adulte qui doit revenir vivre quelques temps chez ses parents. On se sent vite à nouveau chez soi.
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