J'ai cette sensation persistante de marcher en dehors de la réalité. Protégée dans ma bulle ouatée, entourée d'un film plastique transparaent au travers duquel j'assiste à tout, sans m'en imprégner complètement. Spectatrice. Planquée. Rien ne m'atteint. Je reste à distance de tout.
Parfois le voile se détend et la réalité pénètre telle une bouffée venteuse tourbillonnante qui vient remettre en cause mon ordre établi et me force à me réancrer dans le présent, à sortir de ma vivance somnolente. En général, cela provoque des rires, des pleurs, des cris. A la mesure de la démesure. Brisant mon calme, mon sourire d'apparat. Me plongeant brutalement dans tout ce que j'évite habituellement. Le rugueux. Le contact. L'affrontement. Moi.
La brèche est généralement vite colmatée. L'écart oublié. Je me repelotonne en moi-même, dans ma rondeur sans angle, sans coin ni fenêtre ouverte contre laquelle me cogner.
Et puis il y a des jours, où la réalité vient directement taper sur mon épaule et où il n'y a pas d'échappatoire. Pas de pansements possible ou de scotch de sentiment. Juste l'attente. Insoutenable. Confrontée à la vie. crue. Brutale. Et même si c'est douloureux, cela me plonge dans le doute. Me harponne, me retient dans le réel et me montre toute la fragilité et la beauté de ce monde dont je me protège tant. Me force à y rester un peu, en toute conscience. A palper ce réel, l'écouter. A nu.
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