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Quand je suis tombée enceinte, j'ai commencé à rêver régulièrement à ma grand-mère. Il faut savoir que lorsqu'elle est morte, en 2007, nous étions brouillées. Nous avons appris alors qu'elle avait eu plusieurs petites attaques cérébrales, qui lui avaient brouillé les idées, expliquant ses réactions extrêmes et surprenantes, et les mots durs qu'elle a pu dire à la famille avant de partir. Bien sûr, même si les explications sont là, il n'en reste pas moins que nous ne nous sommes pas réconcilliées avant qu'elle parte. Et c'est dur de faire le deuil. Parfois, je lui en veux encore. Parfois, je la pardonne. 

D'attendre un bébé, une fille qui plus est, ça a dû bouleverser des choses en moi. Raviver l'inachevé. J'aurais aimé qu'elle me voit enceinte, en parler avec elle, lui présenter la puce. J'aurais aimé tout cela alors même qu'à bien y réfléchir, elle et moi n'avons jamais été très proches. A croire que devenir mère te questionne sur ton sens de la famille, tes origines. Parfois, même, j'ai l'impression qu'elle est là, près de moi. Qu'elle nous regarde et partage ces moments de bonheur avec nous.

Alors je regarde cette bague, et ça me fait sourire. Aux 18 ans de ma soeur, ma grand-mère qui adorait les bagouzes et en avait deux à chaque doigt, lui a dit : « Choisis ta bague ma chérie, tu es grande à présent » Ma soeur avait choisi une alliance discrète incrustée de tous petits diamants. Mamie avait déjà apprécié le bon goût familial. Quand j'ai eu à mon tour 18 ans, elle m'a fait la même offre. J'ai bien observé toutes ses bagues, celles avec les pierres rouges, les vertes, les brillantes, et au final, c'est celle-ci, simple, solitaire, qui m'a fait craquer. Je revois son sourire crispé : « Tu es sûre tu n'en veux pas une autre ? Celle-ci est superbe aussi !? » Mais non, j'avais décidé, et bien que j'imagine que cela soit une des plus chères qu'elle avait, elle me l'a laissée. Parce qu'elle avait proposé, et qu'elle respectait mon choix. Sur le moment, je n'ai pas réalisé. Mais quand j'y repense maintenant, je me dis qu'elle avait été parfaite ce jour-là. Pleine d'amour, d'acceptation. A chaque visite ensuite, elle me demandait si je prenais bien soin de la bague. Et j'acquiescais en souriant.

 

18 ans pile après, j'ai toujours la bague. Je ne l'ai pas quitté un seul jour. Elle m'a toujours accompagnée. Comme toi mamie, même si tu es partie, tu m'accompagneras toujours. Cet été, maman m'a plusieurs fois parlé de cette bague. Je pense qu'elle aussi pense encore fort à toi. Et tu sais, ta bague, je compte bien l'offrir à ma fille le jour de ses 18 ans, si elle n'en choisit pas une autre ;)

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