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Vendredi 18 juillet 2008

Ca commence sur le canapé. Ils discutent tranquillement. Se rapprochent. Il s'attache à elle. Et elle tente de le repousser. Puis ça devient plus fort. Passionné. Il trouve sa bouche, l'embrasse avec voracité. Elle se lève. Fuit. Se retrouve contre le mur, un genou sur le canapé. Il la plaque contre le mur. La lumière s'éteint. Il la rallume. Elle tente de se dégager. La lumière s'éteint à nouveau. Commence un ballet de corps et lumière, sa main à elle qui remonte dans son dos et rallume. Sa main à lui, qui descend le long de son ventre, puis remonte le long de sa cuisse et elle, anguille qui se faufille entre les mailles, se projetant sur le bouton off.
Ca finit dans le couloir. Debout. Elle a refermé la porte sur lui. A trop se repousser, à trop s'entrechoquer, on finit par ne plus rien y voir, même en pleine lumière.


(Je rappelle pour mes non-lecteurs réguliers que cette semaine, je vais publier de vieux textes que je n'ai jamais mis sur ce blog. Pas d'actualité donc)
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Jeudi 17 juillet 2008
« Je ne sais pas gérer une relation. »
En sept mots, il me prouve qu'il a grandi. Une seule phrase, et tant de clefs. Reconnaître qu'on a des faiblesses, qu'on ne maîtrise pas tout. Le plus dur est fait. Mes fautes, je suis prête à les affronter. De face. Finie ma volonté de tenir ferme face à lui. De contredire. Juste lui prouver qu'il n'a pas toujours raison, et que moi j'ai mes failles. Que je ne peux pas être aussi parfaite qu'il l'attend, et surtout que je ne peux pas acquiescer à tout. Parce que j'ai mon petit caractère aussi. Que je ne peux pas toujours le suivre, mais que je suis prête à le faire si je trouve ça juste, concordant. Je suis prête à tous les compromis. Pas à toutes les compromissions.

« Je ne sais pas gérer une relation. »
Et moi, je ne le sais pas plus que toi. Il n'y a pas de mode d'emploi. Rien qui nous prépare à vivre à deux, à abandonner notre indépendance, à céder du terrain. À accueillir l'autre. En son sein.

« Je ne sais pas gérer une relation. »
Mais voilà, avec toi, je peux essayer. Je peux tenter d'y arriver. Même si c'est difficile de se projeter loin, plus loin, encore et toujours. D'y croire. Vraiment. De ne pas se laisser détourner. Droit. Tout droit.


(Je rappelle pour mes non-lecteurs réguliers que cette semaine, je vais publier de vieux textes que je n'ai jamais mis sur ce blog. Pas d'actualité donc)
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Mercredi 16 juillet 2008
"Je ne crois pas aux hasards" dit-il.
Je demande ce qu'il entend par-là.
"La même personne s'est réincarnée à la fois en toi et en moi".
Je ris.
"Tu sous-entends que nous sommes reliés par une force peu commune ?"
"Oui. Je suis ta version masculine. Et j'ai une idée assez précise de ce que tu es en train de faire".
J'esquisse un sourire.
"Etonne-moi !"
Mais je n'attends même pas sa réponse. Il m'étonne déjà, il m'amuse, me surprend. Il me touche. Léger comme l'air. Et je dois me rendre à l'évidence : il me plaît.


(Je rappelle pour mes non-lecteurs réguliers que cette semaine, je vais publier de vieux textes que je n'ai jamais mis sur ce blog. Pas d'actualité donc)
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Mardi 15 juillet 2008
Je ne sais si j'ai ressenti, aujourd'hui, de la jalousie. Quoiqu'il en soit, j'étais de mauvaise humeur, et me suis évertuée à l'ignorer, ou dirons-nous, à ne pas croiser son regard. Je ne sais pas pourquoi, il n'est rien pour moi, juste un ami, mais je me découvre de plus en plus exclusive, possessive et plus que le reste, c'est ça qui m'a mise en colère cet après-midi. Ce constat étonnant que je me laisse dominer par mes sentiments et que cela met, une fois de plus, en lumière ma faiblesse.

Je dois reprendre le contrôle. Ne plus être faible, volage. Ne plus céder aux petites attentions, aux mots qui caressent, aux câlins pleins d'ivresse. Une vie ne se résume pas à un cœur. Et le mien ne sait plus à quelle vie se raccrocher tellement je suis multiple, tellement je me suis dispersée. Pièce après pièce. Je dois reconstituer le puzzle qui est moi.

(2003)

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Lundi 14 juillet 2008
Il se peut en effet que j'aille droit dans le mur. Que je me prenne les pieds dans le trottoir et mange un peu de bitume. Peut-être que je me fourvoie, que je prends la mauvaise route, le mauvais carrefour, que j'ai tourné trop tôt au rond-point.

Et oui, mon cœur sera peut-être transpercé par mille flèches empoisonnées, la moindre once d'eau de mon corps tentera alors de sortir par mes yeux, ma tête sera ballottée de droite à gauche, je crierai, mon ventre serrera fort et je me sentirai mal, comme jamais…

Il se peut que tu aies raison, que cela soit voué à l'échec. Mais tant qu'il reste une chance, même infime, pour que l'histoire se finisse sur un happy-end, je me dois de la tenter. Je me dois d'y croire, ne serait-ce qu'un peu. Alors laisse-moi essayer. Laisse-moi me planter si je dois me planter. Laisse-moi être heureuse si la chance se présente. Même si ça fait mal. Même si ça te fait mal.


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Jeudi 7 février 2008
Pierrelouis a 10 ans. Il rentre de l'école, comme tous les soirs, sur son fier destrier, son vélo, à travers la campagne. Il connaît bien le coin, pour sûr, il y a grandit. Il passe à côté du champ du gros Jean, et siffle le vieux canasson qui a l'air plus empaillé que jamais. Il évite le nid-de-poule qui lui a valu sa petite cicatrice au menton, il y a deux ans. Au loin, le grand chêne. Il sait qu'il n'est plus très loin de la maison à présent. Helliot, son épagneul vient à se rencontre. Il sautille à ses côtés, humant à tout va, l'âme du chasseur en éveil. Bien que ce soit toujours le cas, Pierrelouis trouve qu'Helliot a l'air un peu plus excité que d'habitude. Le vent chasse cette pensée fugace et l'enfant se contente de respirer très fort ce bon air frais. Un peu trop frais d'ailleurs. Une goutte d'eau glacée vient lui couler sur la nuque. Et puis soudain, sans prévenir, des trombes d'eau. Helliot jappe, en lui jetant des regards inquiets. Comme Pierrelouis n'arrive de toute façon plus tellement à avancer, il se réfugie sous le chêne. Et prend son chien dans ses bras. Plus pour se rassurer, lui, que pour rassurer la pauvre bête.
Pourtant, il sait que lors des orages, il faut éviter les arbres. Mais à dix ans, on ne pense pas à ce genre de chose. On se dit juste qu'il fait froid, que c'est désagréable d'être mouillé et tremblant, et qu'on rentrerait bien boire un bon chocolat chaud. Et on ne voit pas venir la foudre. Et pourtant.

Pierrelouis a 20 ans. Dans sa glace, il voit la cicatrice sur son épaule, qui lui rappelle qu'il y a dix ans, il a été frappé par la foudre. Les gens n'en étaient pas revenu qu'il s'en sorte. Lui non plus. Une nouvelle vie s'offrait à lui. Ses parents avaient déménagé. Ils avaient choisi la ville "plus sûre". Il n'avait pas été le seul à trouver cela paradoxal. Et pourtant, jamais il n'avait eu de souci. Il s'entendait toujours bien avec les gens. Même quand ceux-ci s'énervaient. Il avait l'impression que sa zenitude personnelle avait un effet sur eux. Ce soir, par contre, ça n'avait pas marché. A cette pensée, il sourit mais sa lèvre fendue le tirailla. A vouloir jouer le héros auprès des donzelles en détresse, il s'était pris une droite à la sortie du Club 77. Pourtant, d'habitude, quand les choses commençaient à s'envenimer, il lui suffisait de poser sa main une seconde sur l'épaule du querelleur, de lui prendre la main, de dire quelques mots et le conflit était comme désamorcé. On avait toujours loué sa capacité à jouer le négociateur, le pacificateur. Tout en désinfectant sa plaie, il se rendit compte que ce soir, pour la première fois, il n'avait pas pu toucher l'agresseur. Le gros costaud ne lui en avait même pas laissé le temps en l'envoyant au tapis. Alors que jusqu'ici, maintenant qu'il y réfléchissait vraiment, il avait toujours pu toucher les gens. En 2001, à la soirée de la fac de médecine, où Valentin un peu pété avait surpris sa copine en train de le tromper et commencé à la tabasser. Le seul fait de le prendre par les épaules pour le repousser l'avait comme anesthésié. Sur le coup, il l'avait cru en état de choc. Et deux ans plus tard, lorsque Justine l'avait giflé, hystérique, en apprenant qu'il la quittait, il avait saisi sa main et elle s'était calmée aussitôt. Tous les souvenirs lui revenaient en masse, alors qu'il s'asseyait au bord de la baignoire. Sous le choc. Il passa sa main sur l'épaule, et au contact de sa cicatrice, il vacilla. Et si… Et si le choc de la foudre avait déclenché une sorte de super pouvoir ? Et si d'un simple contact, il pouvait comme absorber la violence d'autrui ?

Pierrelouis a 25 ans. Et il est fatigué. Voilà cinq ans qu'il a eu sa révélation. Depuis, chaque jour, il n'avait cessé de mettre à l'épreuve sa théorie, s'interposant lors des bagarres, des petits et grands conflits. Se mettant en danger un peu plus chaque jour. S'abîmant un peu plus chaque jour. Non seulement il s'était rendu compte qu'il avait vraiment la capacité d'absorber la colère d'autrui, mais aussi que plus le sentiment était violent, et plus il lui était difficile à lui de le supporter, après coup. De l'évacuer. Testant ses limites. Aujourd'hui, c'est son  anniversaire. A nouveau, face au miroir, il a l'impression d'avoir dix ans de plus. Son corps porte en lui le témoignage de ses années conflictuelles, comme une carte parsemée d'accidents. Mille petites cicatrices dispersées sur sa peau. Il est fatigué.
Mais, ce soir encore, il décide de sortir. Plus par habitude que par envie. Il erre dans les rues. Les gens baissent les yeux à son passage. Il se demande s'il leur fait peur. Il regarde son reflet dans une vitrine et se dit que lui-même aurait peur en se croisant. Ses pas l'amènent au bord du Canal Saint Martin. Le bruit de l'eau calme son esprit. Il se détend un peu. Et soudain, il se décide. Il va tout arrêter. Ca y'est, il s'est tout prouvé. Il n'a plus rien à comprendre, à voir. Aujourd'hui, c'est justement le bon jour pour ça. Pour son anniversaire, prendre un nouveau départ. Il se sent soulagé. Tellement soulagé. Il sourit même.

Des éclats de voix attirent alors son attention. Il se rapproche et aperçoit une jeune femme, en proie à deux petites frappes. Files-nous ton sac. Non. Elle ne lâche pas. Et pourtant, elle n'a pas l'air d'avoir peur. Il la trouve belle. Alors malgré sa décision, il décide d'intervenir. Il interpelle les deux hommes, en s'approchant. Le premier prend peur et détale. Le second le toise. Qu'est-ce tu veux, toi. Tu fais le malin hein. Laisse la tranquille. Rire sec. Me touche pas. Laisse la tranquille. Va-t-en maintenant. Mais… Mais je ne comprends pas. Je… Va-t-en maintenant. Alors que le second homme part, un peu hébété, PierreLouis s'en veut. Il s'était dit qu'il ne le ferait plus. Mais c'est comme si son pouvoir vivait en lui, malgré lui, et le menait. La jeune femme s'approche. Sans un mot, elle lui sert l'épaule, d'une main douce, mais ferme. Et, sans qu'il ne puisse le contrôler, des larmes coulent. Il a envie de chialer tout ce qu'il a gardé en lui tout ce temps, toute la colère des autres, qui sort en vagues, déferlant sur ses joues, et tombant au sol. Il a l'impression à présent que cela se transforme en mare. Et la mare grandit, et coule, en filet le long de la rue légèrement en pente. Ce mini-fleuve va rejoindre l'eau du canal. Il ne comprend pas, il n'arrive plus à s'arrêter. Quand le flot se tarit, il se sent étrangement bien. Lavé. Il regarde la jeune femme. Elle dit : Ca va aller maintenant. C'est sorti. Ca ne reviendra plus. Il ne comprend pas. Il ne comprend pas, mais il sait. Il sait qu'elle aussi, elle a un pouvoir. Il la regarde encore, mieux, plus fort. Elle sait aussi. Ils se sourient.


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Mercredi 6 février 2008
super_zero-copie-1.jpgC'est la faute de Francis. Tout a commencé par cette note, là. Et mon commentaire en fin de note :
"c'est une belle idée de recueil de nouvelles ça : les supers héros atypiques :) tu fais une chaine et t'invite d'autres gens, ou tu la joues perso ? ;)" Pourquoi ais-je fait ça ? Du coup forcément, il m'a renvoyé la balle.

Et puis entre-temps, Cubik a commis cette note : Soapman.
Alors je me suis dit, pourquoi pas. Après tout. Avec la folle idée de faire un recueil de textes de blogueurs sur le thème de Supers héros atypiques. Avec, poussons le rêve un peu plus loin, des belles illustrations qui la pètent de BD blogueurs inspirés, pour les illustrer...

Ca vous dirait pas l'aventure ?
Si oui, vous pouvez donc écrire ou dessiner l'histoire d'un héros ordinaire, avec ou sans super pouvoir (il peut meme croire qu'il a un pouvoir, sans pour autant l'avoir ;), mais dans la veine d'un anti-héros, un peu looser. S'il a un pouvoir, il faut qu'il ne lui soit pas super utile. Ou pas très pratique. Ou qu'au final, ca ne soit pas un pouvoir très "bling bling". Y'a de quoi faire.

Dès demain, je vous parle de PierreLouis. Et de son super pouvoir. Atypique.


Super Zeroes © Rhiannon Lassiter, 2005.

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