Tout à l'heure, j'avais un RDV de l'autre côté de Paris. Je pars déjà un peu à la bourre, me précipite (me faisant ainsi une chouette ampoule). Dans le métro, je sors mon téléphone et entame une
partie de solitaire (j'avais oublié mon livre ! <-- tentative de trouver une excuse plausible à peine remarquée).
Je lève la tête de temps à autre pour voir où j'en suis. Soudain, le métro sort en plein air. Sauf que là où je dois aller, je ne suis pas censée sortir des tunnels. J'avais laissé passer 4
stations. A croire que j'étais pas motivée pour mon RDV. Dire que je m'étais foutue de ma mère quand, plongée dans un bouquin, elle s'était retrouvé à Cergy au lieu de Nanterre...

Dans le métro, je regarde toujours les gens avec curiosité. Je m'inspire de
leurs regards, leurs gestes, leurs discussions parfois... Leurs petites manies. Une telle foule de détails, là, mis devant moi et prompts à satisfaire ma curiosité : un nom sur une étiquette de
dossier, un livre emprunté dans telle bibliothèque, un sac ouvert qui raconte une vie... et parfois, je me plais à imaginer où ils vont, ce qu'ils font dans la vie. Qui ils sont.
L'autre jour, j'étais assise à côté d'une jeune fille avec un
vrai style : jupette rouge à fleurs blanches (en plein hiver), ongles rouges, de la même couleur, petit manteau ; et je
m'extasiais sur ces deux petits détails, parce qu'elle
osait un look particulier, et à Paris, beaucoup de gens s'assument tels qu'ils sont. J'admire ça.
Alors moi je me régale de tous ces petits détails de vie, je m'en mets pleins les mirettes et parfois je le note, sur mon carnet, sur mon blog. Et parfois, je me demande, tout bas : « Que peuvent
bien penser les gens, quand ils me regardent moi, dans le métro ? »
Hier soir, dans le métro, je m'assoie à côté d'une jeune femme brune, un peu baba. Dans son lecteur MP3 Gorillaz, assez fort. Sourire. J'aime cet album. Je ne l'ai pas vraiment regardée mais bizarrement, je me suis sentie connectée à elle. Drôle d'impression. En sortant du métro, dans l'escalator, je remarque qu'elle est sur une marche au-dessus. Elle sort de la bouche de métro. Je la suis. Elle la coutourne, prend la même rue que moi. Amusant.
En marchant, je me dis « Ça serait marrant tiens, qu'elle s'arrête devant mon porche ». Et comme si elle m'avait entendu, elle s'arrête devant la porte, fait le code. Entre. Là, une idée saugrenue me traverse l'esprit : et si en fait, elle montait l'escalier B, et allait directement à mon appartement, entrait, et était accueillie par mon homme, comme si elle, c'était moi.... Et si ma vie entière n'était pas MA vie ? Mais elle s'arrête aux boîtes aux lettres. Alors je la dépasse, sans plus la regarder, je bipe, monte les marches presqu'en courant, guettant derrière moi ses pas. J'introduis la clef, ouvre la porte, trouve mon homme affalé sur le canapé qui me salue, décontracté. Et je l'embrasse en souriant. Ma vie est là, devant moi, en train de jouer à la PS2.

Hier soir. Metro bondé, ligne 9. A l'arrêt à Havre Caumartin. Une jeune femme monte, grand sourire à tout le monde. A vue de nez, une touriste. Elle se tourne alors vers une de ses voisines, et, en effet, avec un fort accent demande "Exelmans ?" L'autre la jauge, un peu méprisante, et sans même regarder le plan de la ligne, hoche de la tête. Je tique. Je lève les yeux, regarde le plan. Nous allons de l'autre côté de la ligne. Je tapote l'épaule de la femme qui se tourne vers moi. Effluves alcoolisées. D'où, certainement, le regard méprisant de sa voisine. Je tente alors de lui expliquer qu'elle part dans le mauvais sens. Qu'elle doit changer de train mais qu'elle est sur la bonne ligne. Tout sourire, elle hoche la tête. Et quand j'ai fini de parler, elle me dit : "Exelmans ?".
Une autre voyageuse me lance alors un regard encourageant. J'enchaîne : « Do you speak english » Elle hoche la tête et répète "English !". J'essaie alors avec mon fabuleux accent et mon vocabulaire développé de lui expliquer à nouveau le propos. "Good line, wrong way. You should take the other train" Ne pas regarder les autres. Je me débrouille. Si. Argh. Non. Je suis nulle ! L'autre voyageuse s'y met. On est là, à speaker anglais de façon foireuse à une russe (slave en tout cas vu l'accent) qui pige pas un mot.
Je lui montre le plan de la ligne en haut, lui faisant des gestes pour expliquer que nous allons à droite et elle à gauche. Elle finit au moins par comprendre qu'elle est dans le mauvais train, descend et part du côté droite, en montrant et en rigolant, l'air reconnaissant. Nous échangeons un regard avec l'autre voyageuse, pas franchement persuadées d'avoir aidé, finalement. Le train choisit ce moment pour redémarrer. Si ça se trouve, elle erre encore quelque part à Havre Caumartin, avec son grand sourire, ses yeux ébahis et en demandant aux gens qu'elle croise "Exelmans ?"
Mr et moi, on est supers doués le matin pour se chicaner dans le métro. On ne lave pas le linge sale en public, je vous rassure, mais on se cherche et souvent on se trouve. Oh, y'a bien des matins où tout coule, on se lance des regards complices, on lit chacun dans notre coin le gratuit du jour (Métro pour lui, 20 min ou A Nous Paris pour moi). Mais surtout, quand on se chamaille, c'est toujours pour un truc complètement idiot. Ce matin, ça n'a pas loupé, tout cela pour une sombre histoire de "Prends un siege" "Non non". Bref, passionnant.
Nous voilà tous les deux à bouder quand il entre dans le wagon. Je ne le repère pas tout de suite, avec sa guitare. Mais quand il commence à chanter, sa voix est posée, claire, douce. Plus il chante, plus il imagine, plus je fonds tout doucement d'en dedans. Avec Mr L, on se lance des petits regards par en dessous. Il pose sa main sur la mienne. On se sourit. Qui a dit que la musique n'adoucissait pas les mœurs ?
Tout à l'heure dans le métro, je me suis assise à un emplacement de quatre sièges. Il y avait déjà trois trentenaires assis, en pleine discussion. Il était 20h passées, j'étais complètement HS (j'avais dû refaire une présentation Powerpoint du début car la DA avec laquelle je bosse sur un projet trouvait que je n'avais pas "respecter son boulot en mettant ses PSD en si petit sur la présentation" - et je pense qu'elle ne rigolait pas tant que sa voix voulait le laisser présumer)... Et je ne sais pas, sitôt assise, je me suis sentie bien avec eux. Ils ne m'ont ni parlé, ni regardé, mais je me suis laissée bercer par leur voix (surtout celle de l'homme qui avait une voix posée, très grave). Ils parlaient travail, visiblement l'une d'entre eux ne supportait plus la situation qu'elle vivait, les autres essayaient plus ou moins de la convaincre de partir "tu as peur d'être au chômage ? Il ne faut pas, c'est une période qui te permettra de te redynamiser" (ah ?)
A Havre Caumartin, le métro a stationné un long moment. J'ai sorti de mon sac un journal. Mais étonnamment, je ne suis pas parvenue à me concentrer. Invariablement, je revenais à leur conversation. Ce n'est pourtant pas tant le sujet de leur conversation qui m'intéressait. Je ne saurais même pas dire ce qui m'intéressait exactement dans cette situation. Mais j'étais toute à leur écoute. Quand ils sont sortis du métro, j'ai même presque regretté de ne pas connaître la suite. Curiosité ? Sensation furtive de bien-être ? Fatigue ? En tout cas, c'était une situation inédite. Intéressante.
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