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kAleïdos-coop

Vendredi 28 novembre 2008 5 28 11 2008 13:21




Je savais qu'il était là, dans le ventre de sa mère, mais pour l'homme, c'est différent. Moi je le sentais pas bouger, donner des coups de pieds. Je ne me sentais pas en fusion, en harmonie. Je ne pouvais que poser ma main sur ce ventre rebondi, regarder le bonheur sur le visage de Lou, et espérer qu'il allait m'inonder par ondes, rien que par le contact de nos deux peaux.

Et puis ce jour-là, tout s'est précipité. Le coup de fil au travail, elle était à l'hôpital, elle avait pris un taxi de peur de ne pas arriver à temps. J'ai tout plaqué, j'ai sauté dans mon pot de yahourt, tout fou. Je crois bien que j'ai grillé un feu rouge. Et puis le pire est arrivé. Je me suis retrouvé dans les bouchons. Toutes les voitures de la ville s'étaient données rendez-vous sur le périph', dans le seul but de me ralentir. Et le plan a marché.

Quand je suis arrivé, le bonhomme était déjà sorti. Ça n'arrive jamais un accouchement en deux heures. Mais si. Ma bonne étoile avait dû se barrer en vacances, pas possible. J'ai cru que Lou allait me tuer, mais non, elle était radieuse. Une tête pas possible, les cheveux ébouriffés, les joues rouges, des yeux fatigués comme jamais. Mais un sourire nouveau. On ne s'est rien dit. Le temps était comme suspendu. Et ses yeux sont tombés sur le lit de bébé posé près d'elle. J'ai suivi le regard. J'ai vu mon fils. Je l'ai pris dans mes bras et là, il s'est passé un truc incroyable. Il m'a regardé. J'étais si étonné que je n'ai plus bougé, de peur de rompre la magie du moment. Et là, je peux vous dire, c'était mon tour de sentir la fusion, l'harmonie.



Ecrit dans le cadre du KaleÏdos-coop.

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Mercredi 11 juin 2008 3 11 06 2008 10:28


Gamin, je restais des heures, l'oreille collée à la porte de cette pièce. Fermée à clef. J'avais beau secouer la poignée, rien n'y faisait. J'essayais de voir par le trou de la serrure quels lourds mystères elle recelait. Mais il y faisait trop sombre. Du jardin, je fixais ses volets clos, essayant de deviner ce qu'ils cachaient. Quand je demandais à ma grand-mère pourquoi la porte était fermée, elle me regardait, et  sèchement répondait "C'est des histoires d'adultes". Alors j'attendais, patiemment. De grandir. Savoir pourquoi les gens baissaient le regard en passant devant cette porte.

Pendant ce temps, j'échafaudais des scénari. Et s'il s'était passé une chose horrible à l'intérieur ? Et si quelqu'un était mort dans cette pièce ? Et si un monstre y vivait ? Et si... quelqu'un était enfermé dedans ? Cela expliquerait que Mamie y entre parfois. Je l'avais surprise un jour, alors que je venais chercher un pull parce qu'il commençait à faire froid dehors. Elle se croyait certainement seule. Elle était entrée. Et y était restée longtemps. Je n'osais pas m'approcher, de peur qu'elle ressorte, mais je n'avais qu'une envie, écouter à la porte. Voire y entrer. Comprendre.

Et puis j'ai eu douze ans. Ce jour-là, papi et moi revenions d'une cueillette de mirabelles, j'étais tout crotté. J'ai grimpé les escaliers trois par trois, je me sentais voler. Et puis soudain, j'ai stoppé net. Une clef. Il y avait une clef sur la porte. La porte interdite. Je me suis approché. Il n'y avait personne dans le couloir. C'était ma chance. J'ai essayé d'ouvrir la porte. Elle s'est ouverte d'une facilité déconcertante. J'aurais cru qu'elle aurait résisté, protégeant un peu plus le secret qu'elle habitait. Et pourtant, je ne m'attendais pas à ce que j'ai découvert. La pièce était entièrement vide. Planté sur le seuil, j'accusais la déception. Quand mes yeux se sont habitués à l'obscurité cependant, j'ai vu le papier peint. J'étais dans une chambre d'enfant. De petite fille. Mais mon père est fils unique. En ouvrant un peu plus la porte, j'ai buté contre quelque chose. J'ai regardé derrière la porte. Une chaise, avec une peluche de lapin, rose, élimé, posée dessus. C'est donc là que grand-mère devait s'asseoir, quand elle venait. Je m'y suis assis. Et j'ai regardé longuement cette pièce, à mon tour. Comme je commencais à me sentir triste, je me suis levé et suis sorti. J'ai refermé la porte. Laissé la clef dessus. Je n'en ai jamais parlé.


Ecrit dans le cadre du KaleÏdos-coop.
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Mardi 1 avril 2008 2 01 04 2008 09:28


J'ai jamais compris ces femmes qui parlent sans arrêt d'instinct maternel. Moi, c'est sûr, je l'ai jamais eu. Jamais fait de grimaces aux mômes dans les bus, jamais eu de poussée de tendresse en voyant un gosse faire un câlin à sa mère, jamais rien ressenti quoi. Ça fait pas de moi quelqu'un de mauvais ! Juste que j'ai jamais eu envie d'avoir un chiard. Pas que je trouve que ça pleure ou que ça crie trop. Non, ils ont quand même le droit de s'exprimer, à leur façon, même si c'est pas forcément agréable à entendre. Moi j'ai toujours été pour la liberté d'expression. Mais voilà quoi. A quoi bon faire des gosses.
Tout ce que je te dis, c'est que moi, bon ben j'ai pas trop eu le choix. C'est tombé comme ça. Une capote qui se déchire, c'est pas que dans les romans. J'ai flippé grave, j'ai fait le test HIV et tout. Ça c'était négatif. Par contre, le truc positif, c'était pour le môme. Enfin, quand j'dis positif, je parle du test. Pas du côté joyeux de l'annonce. Parce que j'étais pas franchement joyeuse quand j'ai su. Qu'est ce que j'allais en faire de ce truc qui allait grandir en moi ? Je dois bien t'avouer, que je suis pas quelqu'un de franchement responsable. Tu m'connais, je sais pas trop où je vais hein. Bon c'est vrai, je suis jeune encore, et y'avait des possibilités pour pas avoir à subir tout ça. Mais j'ai beau pas être responsable, j'ai quand même des principes. Alors je l'ai gardé. J'dirais pas que c'est l'enfant de l'amour. Non ça, ça serait pas forcément vrai. Mais bon. Il est là maintenant. Tiens, j'ai pris une photo, quand même. Tu le trouve beau ? Oué. Bon je dois bien t'avouer un truc : quand ils me l'ont posé sur le ventre, ça m'a fait quelque chose. Non, non, pas l'instinct maternel je te dis. Juste, je sais pas, je dirais que pour la première fois de ma vie, je me suis sentie vivante. Mais quand ils l'ont emporté, ça m'a trop rien fait. Je me demande si je suis pas insensible... mais je pense qu'il sera mieux avec sa nouvelle famille. Ils vont l'aimer eux. Et si ça se trouve, sa nouvelle mère, elle l'aura elle l'instinct maternel.


Posté dans le cadre du Kaleïdos-coop.
Edit : ce texte est un exercice d'écriture, et ne reflète pas mon état d'esprit. Juste pour ceux qui se posent la question ;)
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Mardi 11 mars 2008 2 11 03 2008 09:41

 


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16590196_q.jpg
Posté dans le cadre de l'exercice de style de Kaleidos-coop

Une initiative très sympa : on part d'une image (normalement) et chacun décline, avec son style, un texte sur ce qu'elle lui inspire.


(edit : quant à la vidéo elle-même, je pense que mon texte ci-dessous résume assez bien ce que j'en pense)



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Quand je revois cette vidéo, je me dis que c'est normal qu'on ait payé. Ce fucking karma qui nous rattrape. A l'époque, la guerre ne faisait plus vraiment rage, la guerre, c'était nous, dans ce pays où nous n'avions plus rien à faire. Nous qui aurions préféré être à la maison. Nous, qui étions dans l'attente. Perpétuelle. En quête de quoi s'occuper, s'amuser. Un rien nous faisait rire. Cette vidéo par exemple. C'est moi, là qui suis derrière la caméra. Moi qui suis mort de rire avec le sergent Walt. Moi qui le regarde tendre cette bouteille et qui m'amuse de voir ces enfants assoiffés, pauvres, au bord du gouffre courir derrière le camion. Qu'est-ce qu'on a ri ce jour-là. Surtout avec ce môme-là, incroyable, qui courait comme si sa vie en dépendait. En fait, tout connement, c'est parce que sa vie en dépendait, à Samir. Mais nous on était trop cons pour le percuter. Après tout, c'était nous les victimes de cette guerre. On n'avait pas demandé à être là.

Samir. Ce n'est que plus tard qu'on a su son nom. Parce qu'on n'avait pas pensé que Samir, il avait une famille. Des gens influents. Des combattants. Quand on est tombé dans l'embuscade, trois jours après, on n'a pas percuté. On n'a pas fait le rapprochement. Quand ils nous ont emmené dans la cave, toujours pas. Et puis un homme nous a mis sa photo sous les yeux. Nous, on l'a pas reconnu le mioche. C'était pas la bonne réponse. Ils ont frappé. Encore. Et encore. Deux jours ont passé. Je ne voyais plus le sergent bouger. Moi, je ne sentais plus mes jambes. Je n'avais rien bu, ni manger depuis l'enlèvement. Je ne savais pas ce qu'ils attendaient de nous. Je priais pour que l'armée vienne nous délivrer.

La porte de la cave s'est ouverte. Il est entré du haut de son mètre vingt, il a descendu les marches, il s'est approché de moi. Avec une bouteille d'eau à la main. J'aurais donné ma vie pour pouvoir boire un peu. Comme si ma vie en dépendait. Et elle en dépendait. Alors je l'ai reconnu. C'était le môme qui courait derrière le camion. Et la bouteille, celle qu'on avait lancé, fiers de nous, fiers comme des coqs. Qu'est-ce qu'on a ri ce jour-là. Avec ses yeux froids tout plein de fierté, il a débouché la bouteille, et l'a bu, à minuscules gorgées, pendant ce qui m'a paru des heures, jusqu'à la dernière goutte. Et j'ai pleuré.

Ils nous ont relâchés dans la nuit, jetés de l'arrière d'une fourgonnette dans le désert. On nous a retrouvé au petit matin. Sergent Walt était dans un sale état. Je n'ai jamais retrouvé l'usage de mes jambes. Mais quand je vois cette vidéo, je sais pourquoi on a payé. Fucking Karma je vous dis.

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