“La fragilité c’est comme une félure à fleur d’âme, une toute petite fissure réminiscence du passé qui fait que l’on porte en soi la fin des possibles et des possibles à venir."
Fabie, à fleur de mot

11Cette phrase de Fabie fait écho en moi car, actuellement, je me sens justement fragile. Je sens cette fameuse félure. Sauf que la mienne se décline au présent. Je ne me reconnais pas, et cela me fait peur. Je découvre en moi des facettes insoupçonnées et cela me laisse désarmée. Impuissante.

Ca fait plusieurs fois que lors de conflits avec Mr L., je me sens partir. Ma voix forcit, hausse de plus en plus, je me mets à crier, je sens la perte de contrôle. Le plus délicat, c'est que je le réalise sur le moment, mais c'est plus fort que moi. Je n'arrive plus à me calmer. Parce que je ne comprends pas. Je ne le comprends pas. Dans les heurts, sa façon de réagir est complètement désarçonnante pour moi. Dans mes relations précédentes, il y a eu S, très calme, en toute situation, qui me demandait gentiment quand je commençais à ralocher "ben alors ? qu'est-ce que je peux faire pour tout arranger ?".  Ca ne réglait jamais vraiment les choses, mais ca avait le don de me faire redescendre direct. Avec M., c'était impossible de monter. Il était lui-même à bloc à la moindre contrariété, et j'étais complètement effacée. Là, l'opposition de L. face à ma colère me fait encore plus crescender (je sais, je néologise). Il me regarde, froidement, me dit des "Mais oui, si tu le dis" qui m'agacent encore plus. Ou alors, il se contente de me regarder, et j'ai parfois l'impression de voir du mépris dans ses yeux. Je sais très bien que ce n'est pas le cas, mais je ne peux pas m'empêcher de l'interpréter ainsi. Il a sa propre façon de gèrer tout cela... que je n'arrive pas à gèrer, moi.

Jusqu'ici, j'ai toujours privilégier le dialogue lors des conflits. Je laissais passer l'orage, me calmais et après on en discutait. On essayait. Là, avec L, je me trouve face à quelqu'un de complètement imperméable, communicationnellement parlant. Je ne lui en veux absolument pas, mais ca me pousse dans mes retranchements car du coup, je ne sais pas du tout comment réagir. Je n'ai plus de repère. Alors j'hurle. Au sens propre. Hier, je me suis fait flipper. Ce n'était pas moi, pas possible. Moi la pondérée, la fille qui relativise. Celle à qui on demande souvent conseils, celle qui prend toujours de la distance. Là je me suis sentie partir. Envahir par la colère, à la limite de la haine. J'aurais presque eu envie de lui faire mal. Au sens propre, toujours.
J'ai mis 25 min à m'en remettre. Seule dans la chambre, à pleurer, malgré ses mots d'apaisement, malgré notre réconciliation.

Pourquoi est-ce que je mets dans ces états-là ? Est-ce parce que je n'ai jamais autant aimé auparavant ? Est-ce cette peur sourde de le perdre, si je n'arrive pas à communiquer avec lui ? Pourquoi je me mets toute cette pression pour que notre couple soit idéal ? Et pourquoi est-ce que je me fais flipper en me disant que ça y'est je commence à ressembler à mon père. A crier, et à dire pardon après. Comme si ca consolait. Alors que le mal est déjà fait... Quoiqu'il en soit, va falloir que je désamorce tout ça. Que je mette tout à plat. Que je trouve un moyen, lorsque je sens que ça dynamite, de souffler doucement sur la mèche. C'est pas gagné.

Tableau : La fêlure, de Barbara Bonvin

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