Planète Mômes
Midi. Je sors de chez moi en courant. A ne rien faire, j'arrive encore à me mettre en retard. Dans le couloir, je fais une pause devant les boîtes aux lettres. Histoire de voir. J'ouvre. Un magazine et une boîte. Petite. Carrée. En carton. Je la prends intriguée. Je vois l'adresse de l'expéditeur. Je referme la boîte aux lettres, sourire aux lèvres. Nous verrons cela ce soir. Avec le temps de prendre le temps.
Dehors, j'hésite une seconde à faire demi-tour et aller chercher mes lunettes de soleil. La rue est inondée de rayons dorés. Finalement, un coup d'œil à ma montre me pousse dans le métro. Je trouve une place. En face de moi, un enfant de sept ou huit ans, au visage et aux mains brûlés. Je lui souris. Il tourne le regard, tout intimidé. Je tourne le mien aussi, envie de pleurer. Parce que je vais passer l'après-midi, déguisée en cow-boy, avec des enfants pour une grande kermesse. Et que je vais voir plein de petites bouilles réjouies recouvertes de peintures de guerre. Et je me dis que cet enfant, là juste en face de moi, ne doit pas avoir beaucoup de moments de laisser-aller, juste occupé à s'amuser, à rire, à profiter de ces moments magiques de l'enfance. Il me regarde par en-dessous, curieux. Je lui fais un clin d'œil.
La journée passe à toute allure. Ca me rappelle les centres aérés. Je rentre sans voix à force d'avoir pousser des cris de guerre indiens (« Ouhouhouhouhouh ») et couru partout, une dizaine de petits « Commanches » accrochés à mes basques. Crevée, avec un coup de soleil sur le nez.
Dans ma boîte aux lettres, je retrouve mon petit colis carré. J'entre et m'assieds à la table du salon. Je l'ouvre méticuleusement. Petite cérémonie d'ouverture de son premier « courrier ». Pétales de rose éparpillés. Petite tige nue suspendue. Ecriture noire, tout en mouvement. Comme une chansonnette de fin d'après-midi. J'ai déjà une idée de réponse.