07 Juillet 2005
Hier soir, en descendant les marches menant au quai, j'ai piqué un petit sprint en entendant le métro. Comme il était plein à craquer, et que je n'aime pas particulièrement rejouer la pièce "The sardine's Box", je l'ai laissé passé. Au moment où les portes se fermaient, le regard d'un homme dans l'encadrure m'a accroché. Une trentaine d'années, look actif-buisness. Un visage assez commun, un regard posé. On a échangé un sourire. Le train est parti. Et là, d'un coup, j'ai pensé à Londres. Je me suis dit "Et si ce matin j'avais été à Londres, et que j'avais laissé passé un train. Que cette rame-là avait subi un attentat... Et si en fait, c'est ce soir, à Paris, qu'il y avait ce type d'attentat... » Cet homme, je sais que je ne le reverrai jamais. En temps ordinaire, ca ne m'aurait fait ni chaud ni froid. Mais en imaginant qu'il y ait eu un drame, son visage m'aurait-il hanté ? Ce regard gentil, les portes qui se referment... Et si mon train à moi avait eu un problème, se serait-il souvenu de moi, laissant filer le métro pour ne pas être compressée contre d'autres inconnus ?
Quand je suis montée dans le métro suivant, j'étais dans ces pensées sombres. J'ai regardé autour de moi, les gens avaient l'air comme d'habitude. Toute la journée, j'ai vécu au rythme des news, brèves AFP et Reuters, le coeur au bord des larmes, peut-être plus particulièrement touchée par le fait que ma soeur vit à Londres, et que pendant un laps de 10 min après avoir appris la nouvelle, j'ai essayé de la joindre, en essayant de ne pas imaginer le pire. Toute la journée, j'ai trainé un sentiment de malaise, mi-horrifiée par le bilan qui s'alourdissait, mi-soulagée de savoir mes proches à l'abri. J'étais dans l'émotion. Et là, dans ce train, les gens parlaient gaiement, étaient comme d'habitude plongés dans leurs romans, ou leurs pensées. Je les ai tous regardés, attentivement. Cette journée nous rappelle qu'on ne sait jamais si notre destin ne va pas être scellé à celui de ces inconnus qui nous entourent...
