Cali

Solidays. Backstage du Dôme. Une demi-heure avant le concert. Je traîne, je regarde les préparatifs. Très poli, l'artiste est venu faire ses réglages son en saluant tout le monde, souriant. Il a offert une chanson complète aux fans déjà présents. Entre scène et coulisses, les journalistes à l'affût croisent les techniciens affûtés, occupés et pressés. Les musiciens commencent à se préparer et je papote tranquillement, assise avec le chef de la sécurité, un grand nounours qui joue du sourcil au moindre inconnu qui pénètre dans son champ de vision et d'action.
La salle se remplit. Arrivent les presque dix-neuf heures fatidiques. L'artiste rejoint ses musiciens à présent apprêtés, et commence une drôle de pantomime. Cassé en deux, il dandine de droite à gauche, touchant à rythme régulier d'abord ses cheveux, puis son micro, réglé comme une montre. Il se concentre. Le grand homme fin et sûr de lui d'il y a une heure ressemble à présent à un enfant avant sa première audition de piano. Ses musiciens regroupés autour de lui conjurent le sort en lui caressant affectueusement les cheveux, se penchant pour lui chuchoter quelques mots d'encouragement à l'oreille. C'est beau, c'est émouvant. J'ai l'impression d'être entrée par une petite porte secrète dans l'intimité d'inconnus. Je regarde ailleurs, consciente pourtant de vivre un moment privilégié : les quelques minutes avant l'entrée en scène d'un artiste.
Le chef de la sécurité s'approche alors de moi, il vient seulement d'apercevoir le chanteur, penché en avant, sa grande silhouette cassée en deux, frottant ses cheveux, un pas en avant, un en arrière.
« Ah merde, il a perdu ses lentilles »
Sourire échangé avec un technicien assis près de moi.
- Non, il se concentre avant d'entrer en scène.
Le sourcil du nounours se lève une fois de plus.
- Ah.
Les artistes entrent en scène. Et portent avec eux le feu.