Je me suis toujours demandé à qui s'adressaient les gens qui parlent tout seul dans le métro. Certains prêchent dans le vide, parlant d'un dieu ou d'un autre, leurs yeux fixant un point vague, à l'horizon, comme s'il lui parlait, à Lui, directement. Et les foules suivent, si elles le souhaitent. D'autres semblent parler à quelqu'un de bien précis. Jouant ou rejouant peut-être un événement passé. Comme on fait retour rapide d'une pression de télécommande. Qui sait, cette fois, le héros s'en sortira peut-être…

Il y a ceux qui parlent à leur voisin. Au wagon tout entier. Les invisibles. Les regards des autres passent à travers eux, sans les voir. Ou regardent dehors. Le sombre paysage d'un tunnel noir qui leur renvoient leur image, les forçant à fermer les yeux ou à trouver soudainement un intérêt faramineux à ce lacet un peu usé, là.

Et il y a ceux qui s'adressent à eux-mêmes, qui s'entretiennent, se rassurent, s'amusent. Comme s'ils avaient ressenti le besoin de parler à quelqu'un et que, se retournant, ils ne se retrouvaient que face à eux-mêmes. Alors, se rendant compte que soi, c'est déjà pas mal comme interlocuteur, ils se parlent au creux d'eux-mêmes, ne se rendant peut-être pas compte qu'ils s'expriment tout haut.

Moi, je ne parle pas toute seule. Si j'ai envie de partager mes pensées, je sors ce fichu carnet et vous parle. Et mes mots restent en apesanteur, parfois plusieurs jours, jusqu'à ce que vous les lisiez. Mes mots aussi prennent le métro.

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